Homélie – 01 novembre 2020 – Tous les Saints

Homélie et Lectures de la Messe

Homélie enregistrée lors de la messe anticipée le samedi soir à Saint-Pierre:

 

      201101-Homélie

Homélie:

Une fois n’est pas coutume : je vais revenir sur la première lecture, tirée de l’Apocalypse. On peut s’étonner d’un tel choix pour la Toussaint, tellement, dans notre culture contemporaine, quand on parle d’Apocalypse, on comprend annonce de fin du monde. Régulièrement les médias évoquent des scènes apocalyptiques à la suite de catastrophes humaines, comme l’explosion à Beyrouth, ou climatiques, comme les récentes inondations dans le sud de la France. De fait, le Livre de l’Apocalypse est écrit à un moment de crise pour les premiers chrétiens, un temps de persécution et d’exil pour beaucoup. Mais l’Apocalypse ne prédit pas l’avenir : simplement, quand le présent se fait dramatique, elle invite à un sursaut, une résistance spirituelle face à des pressions sociales, à des peurs, à la tentation de douter. 

Car Apocalypse signifie Révélation ou Dévoilement. Et l’auteur du livre s’appuie sur deux convictions fortes : nous pouvons être sûrs de la fidélité de Dieu, qui est attestée au long de l’histoire humaine, Et nous pouvons être sûrs que Dieu aura le dernier mot de l’histoire, ce qui fonde notre espérance. 

Une espérance dont le pape François parle dans l’encyclique « tous frères ». Il nous dit: « j’invite à l’espérance qui « nous parle d’une réalité qui est enracinée au plus profond de l’être humain, indépendamment des circonstances concrètes et des conditionnements historiques dans lesquels il vit. Elle nous parle d’une soif, d’une aspiration, d’un désir de plénitude, de vie réussie, d’une volonté de toucher ce qui est grand, ce qui remplit le cœur et élève l’esprit vers les grandes choses, comme la vérité, la bonté et la beauté, la justice et l’amour. […] » 

Et bien voyez, c’est cette espérance que veut soutenir le passage de l’Apocalypse choisi pour cette fête de Toussaint : il nous oriente vers le Royaume de Dieu réalisé, où converge vers l’Agneau, vers le Christ, cette foule immense de toutes nations, races, peuples et langues. Dieu attend chacun tel qu’il est, avec sa manière originale de mettre en œuvre la sainteté, dans une grande communion de saints. 

Telle est la perspective qui a été proposée en temps d’épreuves aux premiers chrétiens :  rejoindre cette foule plutôt joyeuse et chantante, en vêtements blancs et palmes à la main ! 

Mais on voit bien que notre époque et notre pays ne sont pas non plus épargnés par les épreuves : les incertitudes et les conséquences sanitaires, économiques et sociales de l’épidémie, tout comme les actes terroristes qui ont fait 3 victimes innocentes dans une paroisse telle que la nôtre, à laquelle nous nous sommes associés symboliquement au début de cette messe de Toussaint. 3 victimes qui n’avaient pas songé se retrouver au rang de martyrs… Mais hélas, derrière ces 3 victimes françaises, nous pouvons porter dans notre prière près de 3000 chrétiens tués dans le monde cette année, auxquelles s’ajoutent ceux qui sont en prison, ceux qui ont vu leur église attaquée ou détruite, et ceux, évalués à 260 millions, qui souffrent de l’impossibilité de pratiquer leur foi ou sont discriminés du fait d’être chrétiens. 

La plupart de ces chrétiens sont des gens comme vous et moi ; ils ne sont pas des héros, ni des gens sans défauts. Et ils ont reçu le même appel que nous à la sainteté, à miser sur la fidélité de Dieu, à tenir bon en mettant notre confiance en lui qui relève, pardonne et nous donne sa force. 

Alors, en cette fête de Toussaint, j’ai choisi de donner la parole à 3 figures de sainteté contemporaines :

  • Le cardinal vietnamien François Xavier Nguyen Van Thuan, décédé en 2002 et en cours de béatification : il a passé 13 ans en prison dont 9 en isolement, où il a écrit ces lignes : « Je me trouve dans une nouvelle étape: difficile, obscure et sans fin. Dans ma nuit peuplée de silence et de solitude, je pense à vous tous, à chacun, et je vous offre tous à Dieu… On peut tout perdre matériellement, mais si Dieu reste, on a encore tout. »

Je crois qu’il nous interpelle pour ne pas oublier ceux qui sont isolés, et aussi pour entretenir la persévérance par la force de la prière. 

  • Le Bienheureux Pier-Giorgio Frassati : le Père Pierre Houzet nous l’a déjà présenté et un ami vient de choisir « Frassati » comme prénom pour son fils : ce jeune très sportif est mort de la polio à 24 ans en 1925 ; il a été très engagé socialement, il a donné sa vie aux pauvres et aux malades, et nous laisse ce message : « Dans la Sainte Communion, Jésus vient me visiter chaque matin, je le Lui rends en visitant mes pauvres. Tant que la foi m’en donnera la force, je serai toujours heureux. Tout catholique ne peut qu’être heureux. La tristesse doit être bannie des cœurs animés par la foi. » 

Avec lui, entretenons cette culture de la joie profonde, à l’appel des béatitudes de ce dimanche : « Soyez dans la joie et l’allégresse » et entretenons aussi notre disponibilité envers les pauvres et les malades. C’est là aussi un chemin de sainteté. 

  • Le Bienheureux Carlo Acutis : autre jeune, « un geek » comme on dit, un ado décédé à 15 ans d’une leucémie foudroyante, béatifié le 10 octobre, il y a 3 semaines !  Il nous montre que la sainteté n’a pas d’âge. Il a développé des moyens d’évangélisation sur Internet, et à 14 ans, il affirme : « Etre toujours uni à Jésus, tel est le but de ma vie », il parle de l’eucharistie comme de « son autoroute pour le ciel », et nous alerte avec humour : « Tous naissent comme des originaux… mais beaucoup meurent comme des photocopies ». 

Appuyons nous sur le bienheureux  Carlo Acutis pour garder confiance dans les jeunes et les soutenir , et aussi pour nous laisser stimuler et interpeler par eux , et entendre le chemin de sainteté original proposé à chacun – chez les saints, pas de photocopies – , auquel invite le Concile Vatican II :  « tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père » 

Il y a donc encore de la place dans la foule qui converge vers le Christ palmes à la main ! Il y a place pour chacun !

 Je termine par un clin d’œil à Antoine : En entendant dans la lecture de l’Apocalypse : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils ? et d’où viennent-ils ? », je repensais à la messe d’ordination diaconale, au moment où notre évêque nous lisait vos lettres de mission et que les portes de la cathédrale se sont ouvertes : de ma place, j’ai vu des gens s’approcher de la porte. Je les imagine s’interrogeant : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils ? et d’où viennent-ils ? ». Nous n’étions pas une foule innombrable, mais à ceux qui auraient demandé : « qui sont ces gens si joyeux et pourquoi le sont-ils ? », nous aurions pu répondre : « mais c’est la foule des chrétiens qui s’est rassemblée autour de notre évêque, parce que 4 d’entre nous dont devenus diacres, serviteurs de la joie de Dieu ». 

Alors Antoine, et nous tous ensemble, puissions-nous être ces artisans de la joie de Dieu et de l’allégresse. 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7, 2-4.9-14)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean,
    j’ai vu un ange
qui montait du côté où le soleil se lève,
avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ;
d’une voix forte, il cria aux quatre anges
qui avaient reçu le pouvoir de faire du mal à la terre et à la mer :
    « Ne faites pas de mal à la terre,
ni à la mer, ni aux arbres,
avant que nous ayons marqué du sceau
le front des serviteurs de notre Dieu. »
    Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau :
ils étaient cent quarante-quatre mille,
de toutes les tribus des fils d’Israël.

    Après cela, j’ai vu :
et voici une foule immense,
que nul ne pouvait dénombrer,
une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues.
Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau,
vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main.
    Et ils s’écriaient d’une voix forte :
« Le salut appartient à notre Dieu
qui siège sur le Trône
et à l’Agneau ! »
    Tous les anges se tenaient debout autour du Trône,
autour des Anciens et des quatre Vivants ;
se jetant devant le Trône, face contre terre,
ils se prosternèrent devant Dieu.
    Et ils disaient :
« Amen !
Louange, gloire, sagesse et action de grâce,
honneur, puissance et force
à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »
    L’un des Anciens prit alors la parole et me dit :
« Ces gens vêtus de robes blanches,
qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? »
    Je lui répondis :
« Mon seigneur, toi, tu le sais. »
Il me dit :
« Ceux-là viennent de la grande épreuve ;
ils ont lavé leurs robes,
ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. »

    – Parole du Seigneur.

PSAUME

(Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6)

R/ Voici le peuple de ceux qui cherchent ta face, Seigneur. (cf. Ps 23, 6)

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au cœur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
Voici Jacob qui recherche ta face !

DEUXIÈME LECTURE

« Nous verrons Dieu tel qu’il est » (1 Jn 3, 1-3)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés,
    voyez quel grand amour nous a donné le Père
pour que nous soyons appelés enfants de Dieu
– et nous le sommes.
Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas :
c’est qu’il n’a pas connu Dieu.
    Bien-aimés,
dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu,
mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté.
Nous le savons : quand cela sera manifesté,
nous lui serons semblables
car nous le verrons tel qu’il est.
    Et quiconque met en lui une telle espérance
se rend pur comme lui-même est pur.

    – Parole du Seigneur.

ÉVANGILE

« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » (Mt 5, 1-12a)

Alléluia. Alléluia.
Venez à moi,
vous tous qui peinez sous le poids du fardeau,
dit le Seigneur,
et moi, je vous procurerai le repos.
Alléluia. (Mt 11, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
    voyant les foules, Jésus gravit la montagne.
Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
    Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
Il disait :
    « Heureux les pauvres de cœur,
car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux ceux qui pleurent,
car ils seront consolés.
    Heureux les doux,
car ils recevront la terre en héritage.
    Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
car ils seront rassasiés.
    Heureux les miséricordieux,
car ils obtiendront miséricorde.
    Heureux les cœurs purs,
car ils verront Dieu.
    Heureux les artisans de paix,
car ils seront appelés fils de Dieu.
    Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,
car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux êtes-vous si l’on vous insulte,
si l’on vous persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous,
à cause de moi.
    Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse,
car votre récompense est grande dans les cieux ! »

    – Acclamons la Parole de Dieu.

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